« Certains représentants de l’Etat sont corrompus »

 

A 77 ans, le Pr Philippe Even -qui préface le livre choc du Dr Sauveur Boukris Ces médicaments qui nous rendent malades– continue à mener, en franc-tireur, son combat pour une médecine et des experts indépendants de l’industrie pharmaceutique. L’ancien doyen de la faculté de Paris-V explique ce qui peut changer la donne.

Allez-vous prêcher dans le désert encore longtemps?

Je ne mène pas de croisade contre les laboratoires pharmaceutiques. Comme mes confrères, j’ai vécu dans l’innocence jusqu’à être nommé, en 1981, membre de la commission chargée d’autoriser les nouveaux médicaments. Et là, je suis tombé des nues. Dans cette instance, la décision se prend sur la base d’un dossier préparé par l’industriel. Personne d’autre, autour de la table, n’a d’expérience quant au médicament proposé. Pouvez-vous imaginer un procès dans lequel on donnerait seulement la parole à la défense? Au cours des sept années passées dans cette instance, j’ai découvert l’ampleur des mensonges de l’industrie pharmaceutique. Les représentants de l’Etat s’en accommodent. Certains, parce qu’ils sont naïfs, comme je l’étais moi-même. D’autres, parce qu’ils ont mis le doigt dans l’engrenage. D’autres encore, parce qu’ils sont corrompus.

Rien n’a changé depuis?

Je m’inquiète de voir le lobby de l’industrie, le Leem, recruter comme directeur général Philippe Lamoureux, l’ancien secrétaire général de l’Agence du médicament au ministère de la Santé. Ce haut fonctionnaire connaît tous les rouages de l’administration, tous ses décisionnaires. Il a été recruté précisément pour cette raison. Mais personne ne s’en émeut.

Et les initiatives de l’assurance-maladie?

Soyons sérieux. L’industrie pharmaceutique dispose, en France, d’une armée de 25 000 visiteurs médicaux pour sillonner les cabinets de ville. De jeunes et jolies filles, pour la plupart. Comment l’assurance-maladie peut-elle espérer les contrer en envoyant sur le terrain un maigre bataillon de 2500 médecins-conseils, de vieux messieurs fatigués qui n’ont pas mis les pieds hors de leur bureau depuis des années? La seule solution, c’est de supprimer les visiteurs médicaux.

Selon vous, les mensonges continuent?

Regardez le Tamiflu, ce médicament présenté comme le remède en cas de pandémie de grippe. Ces comprimés ne servent à rien s’ils ne sont pas pris dès les premiers symptômes. Certes, ils raccourcissent la durée de la maladie. Mais personne ne sait, au final, s’ils réduisent la mortalité! Le gouvernement vante pourtant leur efficacité, parce qu’il n’a pas d’autre parade.

D’où attendre le changement, alors?

Peut-être des Etats-Unis. Là-bas aussi, des médecins en exercice touchent de l’argent des firmes pharmaceutiques, pour être leur consultant, par exemple, ou pour tester un nouveau traitement auprès de leurs patients. Quand ces mêmes praticiens siègent dans des commissions soi-disant indépendantes pour évaluer l’intérêt de tel ou tel médicament, cela crée des conflits d’intérêts. Mais l’équivalent américain de notre Académie de médecine, l’Institute of Medicine, vient de proposer une solution radicale. Il demande que les industriels de la santé communiquent la liste nominative des médecins payés pour leurs collaborations, ponctuelles ou régulières, avec les montants correspondants. Voilà un vrai gage de transparence.

La France pourrait-elle suivre?

Je ne vois pas l’Académie de médecine ni le conseil de l’ordre défendre de telles exigences. Le changement viendra des patients. Les accidents causés par les médicaments leur font plus peur qu’avant. Ils ne s’en laissent plus conter.

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